Acouphène

Qu'est-ce qu'un acouphène ?
Un acouphène est la perception d’un son – sifflement, bourdonnement, grésillement – en l’absence de source sonore extérieure. Il peut concerner une ou les deux oreilles, être permanent ou occasionnel, et son intensité varie d’une personne à l’autre.
On distingue les acouphènes subjectifs,1 perçus uniquement par la personne concernée et de loin les plus fréquents, des acouphènes objectifs,2 beaucoup plus rares, dont l’origine est un véritable bruit produit par le corps (flux sanguin anormal, contraction musculaire, résonance).


Perforation du tympan gauche avec perte auditive de 25 % entraînant un acouphène.
Est-ce fréquent ?
C’est un trouble très répandu qui touche environ 15 % des adultes de moins de 65 ans et près de 25 % des plus de 65 ans, ainsi que des musiciens professionnels.3-5
La majorité des personnes s’y habitue spontanément, mais environ 6 % en souffrent de manière significative et 1 à 2 % de manière sévère, avec un retentissement marqué sur le sommeil, l’humeur et la qualité de vie.1 L’acouphène est régulièrement associé à une hypersensibilité au son (hyperacousie), à de l’anxiété et à des troubles du sommeil, dans une relation bidirectionnelle d’aggravation mutuelle.1
Quelles sont les causes possibles ?
L’acouphène aigu peut résulter d’une surdité brusque, d’un bouchon de cérumen, d’une infection de l’oreille, d’un traumatisme sonore, mais il reste souvent d’origine indéterminée.
L’acouphène chronique subjectif est lié dans la plupart des cas à une atteinte auditive, le plus souvent au niveau de la cochlée (organe sensoriel de l’oreille interne).1 Les causes les plus fréquentes sont la perte d’audition liée à l’âge (presbyacousie) et l’exposition au bruit, et plus rarement des pathologies spécifiques de l’oreille telles que :
- Perforation du tympan6
- Otosclérose (otospongiose)1, 7
- Maladie de Menière8
- Tumeur du nerf auditif et vestibulaire (schwannome vestibulaire)
- Ototoxicité médicamenteuse9
- Certaines anomalies vasculaires1, 10, 11
Les mécanismes précis restent partiellement débattus – un modèle largement admis postule que l’acouphène ne dépend pas uniquement de la cochlée elle-même, mais aussi d’une réorganisation inadaptée des voies auditives centrales du cerveau, survenant en réponse à la perte auditive.1, 12

Ici la perforation du tympan gauche est associée à un accolement du tympan sur l’étrier, avec une destruction de l’enclume – le tout accompagné d’un acouphène.

Schwannome vestibulaire gauche (flèche) – il s’agit d’une tumeur bénigne qui entraîne typiquement un acouphène unilatéral, associé à une perte auditive insidieuse, nécessitant parfois des tests spécifiques pour être décelée.

Perforation tympanique droite post-traumatique (boxe).
Tympanoplastie avec fermeture tympanique complète et audition normalisée.


Malformation artérielle dans l’oreille moyenne s’appuyant contre le tympan droit — avant et après traitement.
Quel bilan ?
Certaines pathologies causant un acouphène sont corrigibles, telles que la perforation du tympan,6 l’otosclérose (otospongiose),1 la dysfonction de la trompe d’Eustache (obstruction ou béance),2 les contractions musculaires involontaires (myoclonies),14, 15 les troisième fenêtres labyrinthiques, ainsi que certaines tumeurs (glomus) et anomalies vasculaires.10, 11
D’autres causes nécessitent une surveillance ou une prise en charge particulière, telles que des tumeurs (schwannome vestibulaire)16 ou la maladie de Menière.17 Cependant, dans ces cas-là, l’acouphène séquellaire persiste la plupart du temps.
Pour toutes ces raisons, un bilan complet par un ORL spécialisé est recommandé.13 Il comprend une consultation avec examen des oreilles, des tests auditifs et tympaniques et une évaluation du retentissement sur la qualité de vie.18 Certains acouphènes pulsatifs (parfois synchrones du rythme cardiaque), unilatéraux ou associés à une perte auditive asymétrique justifient un bilan d’imagerie spécifique.13, 19
Quels traitements ?
Des mesures simples peuvent déjà aider : éviter le silence complet, utiliser un bruit de fond (masquage) doux, protéger l’audition en cas d’exposition sonore importante sans tomber dans la surprotection, limiter les facteurs aggravants individuels et traiter les troubles du sommeil ou l’anxiété lorsqu’ils sont présents.13
La plupart des acouphènes chroniques subjectifs (en particulier liés à l’âge ou à l’exposition au bruit) n’ont pas de traitement curatif ; aucun médicament ni complément alimentaire, y compris le ginkgo biloba, n’a démontré d’efficacité suffisante pour être recommandé en traitement de routine de l’acouphène chronique subjectif.1, 13, 18, 20 Cette limite ne signifie pas pour autant que la situation ne va pas s’améliorer – la plupart des personnes s’y habituent progressivement, surtout lorsque l’acouphène est expliqué, surveillé si nécessaire, et que les facteurs aggravants sont pris en charge.
Quelques approches sont validées : la thérapie cognitivo-comportementale est une psychothérapie pratique, sans médicament ni manipulation, qui aide le patient à mieux vivre avec le symptôme et à réduire la détresse qu’il provoque, sans viser directement la disparition du son13, 21 ; l’appareillage auditif en cas de perte auditive associée, voire l’implant cochléaire en cas de surdité profonde, y compris unilatérale13, 22, 23 ; et la prise en charge des comorbidités (anxiété, dépression, troubles du sommeil).1, 13, 18 D’autres pistes sont explorées en recherche, telles que le neurofeedback par IRM fonctionnelle.24
Quand consulter rapidement ?
Dans la majorité des cas, l’acouphène n’est pas le signe d’une maladie grave, mais il mérite une évaluation rapide lorsqu’il est d’apparition brusque, surtout s’il s’accompagne d’une baisse soudaine de l’audition, d’une oreille bouchée, d’un vertige important, de douleurs, d’un écoulement de l’oreille ou de signes neurologiques.
Vidéos
Les informations présentées sur ce site sont fournies à titre informatif et ne remplacent pas une consultation médicale, un diagnostic ou un traitement personnalisé.
- Tsang BKT, et al. Tinnitus update: what can be done for the ringing? Intern Med J. 2024;54(7):1066-1076. doi:10.1111/imj.16414.
- Park SN. Objective Tinnitus. Hanyang Med Rev. 2016;36(2):99-108. doi:10.7599/hmr.2016.36.2.99.
- Jarach CM, et al. Global Prevalence and Incidence of Tinnitus: A Systematic Review and Meta-analysis. JAMA Neurol. 2022;79(9):888-900. doi:10.1001/jamaneurol.2022.2189.
- Biswas R, et al. Tinnitus prevalence in Europe: a multi-country cross-sectional population study. Lancet Reg Health Eur. 2022;12:100250. doi:10.1016/j.lanepe.2021.100250.
- Di Stadio A, et al. Hearing Loss, Tinnitus, Hyperacusis, and Diplacusis in Professional Musicians: A Systematic Review. Int J Environ Res Public Health. 2018;15(10):2120. doi:10.3390/ijerph15102120.
- Yeh KT, et al. The Impact of Tympanoplasty on Tinnitus Improvement in Patients With Chronic Otitis Media: A Systematic Review and Meta-Analysis. Ear Nose Throat J. 2025:1455613251342954. doi:10.1177/01455613251342954.
- Silva VAR, et al. Brazilian Society of Otology task force – Otosclerosis: evaluation and treatment. Braz J Otorhinolaryngol. 2023;89(5):101303. doi:10.1016/j.bjorl.2023.101303.
- Lopez-Escamez JA, et al. Diagnostic criteria for Menière’s disease. J Vestib Res. 2015;25(1):1-7. doi:10.3233/VES-150549.
- Voruz F, et al. Incidence of cisplatin-induced ototoxicity in adult cancer patients based on audiometric confirmation of patient self-report. Front Audiol Otol. 2023;1:1239119. doi:10.3389/fauot.2023.1239119.
- Abdalkader M, et al. State of the Art: Venous Causes of Pulsatile Tinnitus and Diagnostic Considerations Guiding Endovascular Therapy. Radiology. 2021;300(1):2-16. doi:10.1148/radiol.2021202584.
- Sathya A, et al. Endovascular vs surgical treatment of sigmoid sinus diverticulum causing pulsatile tinnitus: A systematic review. Interv Neuroradiol. 2026;32(4):1627-1636. doi:10.1177/15910199241231325.
- Schilling A, et al. Predictive coding and stochastic resonance as fundamental principles of auditory phantom perception. Brain. 2023;146(12):4809-4825. doi:10.1093/brain/awad255.
- Adams ME, et al. Clinical Practice Guideline: Tinnitus Update. Otolaryngology–Head and Neck Surgery. 2026;175(S1):S1–S62. doi:10.1002/ohn.70417
- Wong WK, Lee MF. Middle ear myoclonus: Systematic review of results and complications for various treatment approaches. Am J Otolaryngol. 2022;43(1):103228. doi:10.1016/j.amjoto.2021.103228.
- Voruz F, et al. Isolated Ear Clicks with Partial Voluntary Control. Tremor Other Hyperkinet Mov (N Y). 2020;10:55. doi:10.5334/tohm.574.
- Goldbrunner R, et al. EANO guideline on the diagnosis and treatment of vestibular schwannoma. Neuro Oncol. 2020;22(1):31-45. doi:10.1093/neuonc/noz153.
- Basura GJ, et al. Clinical Practice Guideline: Menière’s Disease. Otolaryngol Head Neck Surg. 2020;162(2_suppl):S1-S55. doi:10.1177/0194599820909438.
- Lee HY, Jung DJ. Recent Updates on Tinnitus Management. J Audiol Otol. 2023;27(4):181-192. doi:10.7874/jao.2023.00416.
- Verbist B, et al. ESR Essentials: diagnostic strategies in tinnitus-practice recommendations by the European Society of Head and Neck Radiology. Eur Radiol. 2025;35(3):1303-1312. doi:10.1007/s00330-024-11316-z.
- Sereda M, et al. Ginkgo biloba for tinnitus. Cochrane Database Syst Rev. 2022;11(11):CD013514. doi:10.1002/14651858.CD013514.pub2.
- Fuller T, et al. Cognitive behavioural therapy for tinnitus. Cochrane Database Syst Rev. 2020;1(1):CD012614. doi:10.1002/14651858.CD012614.pub2.
- Dillon MT, et al. American Cochlear Implant Alliance Task Force Guidelines for Clinical Assessment and Management of Adult Cochlear Implantation for Single-Sided Deafness. Ear Hear. 2022;43(6):1605-1619. doi:10.1097/AUD.0000000000001260.
- Li Y, et al. The Long-Term Effect of Cochlear Implantation on Tinnitus: A Systematic Review and Meta-Analysis. Diagnostics (Basel). 2024;14(18):2028. doi:10.3390/diagnostics14182028.
- Gninenko N, et al. Functional MRI Neurofeedback Outperforms Cognitive Behavioral Therapy for Reducing Tinnitus Distress: A Prospective Randomized Clinical Trial. Radiology. 2024;310(2):e231143. doi:10.1148/radiol.231143.